INTERVIEW - Cap sur l’Île du Dr Moreau


La Machine à Explorer le temps J-29


Nick Mothra a eu l’entière liberté quant au roman qu’il voulait transposer.  Pourquoi l’Île du Docteur Moreau de HG Wells?  Monster Club l’a rencontré.

Monster Club : Au moment de faire un choix, as-tu envisagé d’autres auteurs?

Nick Mothra : Je savais déjà que ce serait un auteur fantastique.  Puis, à partir du moment où une des conditions était de trouver une oeuvre tombée dans le domaine public, le choix devenait plus facile.  J’ai d’abord pensé aux grands classiques: Dracula de Bram Stoker, Frankenstein de Mary Shelley, Carmilla de Sheridan Le Fanu.  Il y avait aussi d’autres textes ayant trait aux vampires, succubes, mais beaucoup moins connus.  Je voulais de toutes façons un ouvrage très visuel et assumé du point de vue fantastique.  Je voulais absolument dessiner des créatures! (Rires)

Comment es-tu arrivé à Wells?

Je ne voulais pas me cantonner à ce qui me venait spontanément à l'esprit, alors j’ai tout bêtement fait une recherche sur les auteurs tombés dans le domaine public.  H.G. Wells en faisait partie, et je me suis dit : pourquoi pas?  

Pourquoi l’Île du Dr Moreau et pas La Guerre des Mondes, l’Homme Invisible ou un autre des romans de l’auteur?

Burt Lancaster - l'Île du Docteur Moreau (1977)
Dans la liste des ouvrages de Wells, l’Île du Dr Moreau a piqué ma curiosité.  Ça me disait vaguement quelque chose; je l’avais lu il y a longtemps, en secondaire si je me souviens bien! Je l’ai donc relu et ai redécouvert toute la couleur du roman : angoissante et horrifique, avec tous ces animaux découpés, torturés pour la science et ré-assemblés.  C’est un peu un « Frankenstein » avec des animaux! Oui je sais, je fais peur parfois… mais rassures-toi : j'ai deux petits chats que j'adore ! (Rires)  J’ai aussi repensé à l’adaptation au cinéma avec Burt Lancaster en Moreau, que je trouvais assez « impérial », même si le film n’est pas un chef-d’oeuvre.

Qu’est-ce qui t’a inspiré dans l’univers de l’Île?

Ça fait partie des grands lieux de l’univers fantastique et gothique: cet endroit isolé au milieu de nulle part, sauvage et magnifique, mystérieux et lugubre.  Ce qui m’a vraiment inspiré, c’est de recréer cette ambiance oppressante, sous la chaleur humide des tropiques, de vivre ces événements pleins de mystères ou le héros lève le voile sur un monde qui lui fait peu à peu perdre pied, face auquel il doit lutter pour sa survie.

Quels sont les thèmes qui t’ont le plus touché dans le roman?

D’abord, ce que représente le personnage de Moreau.  C’est l’archétype du savant fou, imbu de lui-même, qui se prend pour Dieu, mais dont on ne peut s’empêcher d’admirer la force et le charisme.  Et puis, les créatures sont fascinantes : on découvre qu’un animal peut parler, obéir à des règles de société, mais aussi penser par lui-même puis se révolter.  Ça pose question: qu’est-ce qui fait de nous des hommes?  Ces créatures ont un côté pathétique et émouvant, car elles se souviennent très vaguement d’instincts de chasse, de liberté sur quatre pattes, de ce qu’elles étaient avant, mais une autorité supérieure les oblige à renoncer à ce qu’elles sont pour donner l’impression d’être civilisées, et elles finissent par renoncer à toute expression propre.  Elles n’appartiennent à aucune espèce, elles ne savent plus ce qu’elles sont en dehors de la Loi.  Dès le début, j’avais la volonté de traduire la douleur de ces créatures créées de toutes pièces, leur espèce d’ahurissement devant leur existence.  Elles ignorent d’où elles viennent et sont en lutte perpétuelle avec leurs instincts primaires.  Un peu comme nous, finalement.

Merci, Nick Mothra!

Avec plaisir, Jon!

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