Ce Moreau, quel poseur!

La machine à explorer le temps J-9

Qui a dit -osé dire!!!- que faire de la bande dessinée n'était pas un boulot physique? Sans doute quelqu'un qui n'en a jamais fait.

Les dessinateurs les plus fortunés peuvent s'offrir les services d'un modèle qu'ils esquisseront pendant des heures lors de séances de croquis d'après nature, élaborant l'attitude idéale que leurs héros de papier devront avoir. Tel personnage doit se ruer sur un autre, brandissant une arme blanche? Qu'à cela ne tienne, le courageux modèle se figera dans une attitude agressive, un couteau de cuisine à la main et maintiendra cette position le temps que l'auteur termine son esquisse, accomplisse son Art pour la postérité.



Les dessinateurs à la bourse moins bien fournie photographieront le modèle professionnel, le mitrailleront inlassablement, histoire d'écourter au maximum la séance de pose (et donc de réduire sa rémunération au maximum).

Les dessinateurs fauchés font comme les dessinateurs de la précédente catégorie sauf qu'ils embêtent leur entourage en leur demandant de poser à tout bout de champs.

Pour terminer, il existe un type de dessinateur malheureusement doté d'un entourage pas très compréhensif et encore moins patient. Ils s'entendent répondre invariablement "Ah mais tu me les brises avec tes clowneries!". Leur choix de modèle s'en trouve limité. Ils se tournent ainsi vers les seules personnes capable de les comprendre et possédant assez d'abnégation que pour accepter de se compromettre à toutes les pitreries : eux-mêmes.

Voilà pour le (long) préambule. Patience, vous allez comprendre. Récemment, je triais les centaines de photos enregistrées sur mon vieil iPad : là, point de clichés d'anniversaire, de vacances ou de famille. Non, juste des images étranges représentant un type vaguement familier en train de gesticuler dans toutes les positions possibles et imaginables! Tantôt vêtu d'une vieille chemise, d'un vieux costumes et même de loques douteuses. Parfois coiffé d'un Panama, parfois d'un bandana...
Sur la quasi totalité des photos, le gaillard en question semblait avoir défier les lois du ridicule et, aussi improbable que cela paraisse, s'en était sorti vivant.

Je fus tenté, très tenté même, d'appuyer sur la touche "Supprimer", mais après un instant de réflexion, il me vint à l'esprit que tout ça me ferait bien rire dans quelques temps.
Bon, je peux vous l'avouer, à l'heure actuelle, il ne s'est pas encore passé assez de temps pour que la vision de ces photos me fasse gentiment pouffer.

Et pourtant, pour vous, gentils lecteurs, je les dévoile sans complexe! Notez, au passage, que sous la menace de ne pas respecter son scénario, je suis tout de même parvenu à convaincre Jonathan de se prêter au jeu.

Des photos comme celles-ci, il y en a une foule invraisemblable! Pour vous, j'ai rampé sur un tapis douteux, j'ai brandit des tasses de café comme on brandit une arme, j'ai fait l'équilibriste sur une jambe en me maudissant d'avoir mis le minuteur sur 15 secondes, j'ai écumé, tous crocs dehors, me glissant dans la peau d'une bête...

Bah, je me console en me disant que si le docteur Moreau impose une telle autorité naturelle, brute et virile, c'est un peu grâce à moi...

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