L'adaptation : du Roman au language BD


La Machine à Explorer le temps J-24



Je n’avais jamais lu l’Île du Docteur Moreau.  Le livre n’est pas très épais, mais il m’a impressionné par son efficacité.  Je vous le recommande.  Pas de fastidieuses descriptions, ni de longs monologues intérieurs, et pourtant les paysages surgissent en images nettes dans notre esprit, le mystère des lieux nous envahit et les personnages nous prennent dans l’aventure sans effort de notre part pour comprendre les enjeux qui les animent.  En fait, adapter le livre a été à la fois facile, de par la richesse et l’universalité des thèmes qui constituent le « sous-texte » du roman, et difficile, car il laisse une énorme part à l’imaginaire et à l’interprétation personnelle, ce qui laisse toujours un doute quant aux choix à poser lors de l’adaptation. 


Pour commencer, j’ai pensé aux différents personnages, à savoir Moreau, Prendick et Montgomery, l’assistant de Moreau : qui sont-ils? Quel pourrait être leur passé?
Certains éléments se trouvent dans le roman, tels quels, mais la plupart sont issus de mon propre ressenti, après l’avoir lu quelques fois. J’ai résumé chaque personnage en un paragraphe pour n’en garder que l’essence.
Ensuite, j’ai tracé un « cercle d’interactions » entre les personnages.  C’est un espèce de vue générale sur la manière dont les personnages interagissent, leurs motivations, la façon dont ils voient les autres et dont les autres les voient.

Ces deux « exercices » ont constitué mon guide pendant toute l’écriture, et c’est ce qui m’a aidé à faire des choix.  Plus j’avance dans l’écriture, et plus les personnage finissent par vivre leur propre vie en fonction de ce qui les définit.  En tant que scénariste, je ne peux pas leur faire faire ou dire ce que je veux.  Ils naissent, et je deviens leur instrument.  Ils mènent leur propre vie et font leurs propres choix.  Souvent, quand je m’égare, je fais une pause et je me dis : « non, ça ne fonctionne pas, Prendick ne ferait ou ne dirait jamais ça! ».  Quand, par exemple, je ne savais pas comment Montgomery allait réagir, notamment à la fin de la Bande Dessinée, au moment où la situation est dans une tension extrême, c’est Montgomery lui-même qui a décidé de sa manière de réagir.

Prendick vs Montgomery
Quand on se retrouve avec Nicolas et Caroline pour discuter du scénario, c’est très amusant car nous ne sommes plus trois, mais six autour de la table, et on entend souvent: « Mais Moreau a certainement un idée derrière la tête, ce serait bien son genre ! » ou « On sent Prendick vraiment tiraillé à ce moment-là, il y a quelque chose qui le hante mais on ne sait pas encore quoi… »

C’est fascinant : il y a un monde qui naît et grandit et si on se risque à penser qu’on a quelque pouvoir sur lui, on se rend vite compte qu’il ne nous appartient pas.  Un peu comme un enfant : on le met au monde, on est là pour lui mais le but est qu’il vive par lui-même, sans nous!  Si on y parvient, alors c’est qu’on a réussi.



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