Quand l’histoire surgit du silence


La Machine à Explorer le temps J-17



Se plonger dans un autre monde, ressentir les souffrances des créatures, les passions et interrogations des personnages, créer et marcher dans les décors de l'Île, tout ça avec un job à temps plein, toute l’intendance quotidienne et les remous de la vie, c’est un vrai défi.  J’écris donc dès que j’en ai l’occasion : dans le train qui m’amène au travail, pendant mes soirées, les rares week-ends où je peux dégager du temps libre… mais les grandes avancées dans l’écriture du scénario, je les dois surtout à deux séjours : le premier à l’Abbaye d’Orval, où je me suis rendu en tant que retraitant, et le second à Ostende où j’ai pris, à nouveau seul, une petite chambre d’hôtel.  Je vous parle aujourd’hui du premier.

A Orval, j’ai décidé de m’y rendre en train.  Déjà le long voyage à travers les Ardennes a accentué le sentiment d’éloignement.  Quand le train me dépose à la petite gare de Florenville, il me reste encore une dizaine de kilomètres avant d’atteindre l’abbaye.  Il n’y a plus de bus (déjà très rares), et je trouve finalement les coordonnées d’une société de taxis.  Au bout du fil, une dame déjà âgée, dynamique et rieuse, qui me dit que son mari a pris sa retraite depuis un bon moment.  Je vais lui présenter mes excuses pour le dérangement mais elle m’interrompt : « Il n’y a pas de problème! Restez en ligne, je vais voir s’il veut bien vous dépanner! »  Une petite demi-heure plus tard, un monsieur jovial surgit sur la place de la gare dans sa grosse voiture, et me conduit à l’Abbaye d’Orval pour me rendre service. « On ne pouvait pas vous laisser là, tout de même! ».


La semaine se passe sous un ciel magnifique, dans le silence -car il est interdit de parler dans l’enceinte de l’Abbaye- , au rythme des repas et des offices.  Immergé dans la méditation monastique, installé dans ma petite cellule, dans cet endroit retiré en pleine nature, mon imagination prend son envol, la plume glisse inlassablement, interrompue de temps en temps par une promenade dans le parc ou par le vieux moine qui chaque jour, sous ma fenêtre, vient modifier les motifs d’un jardin de pierres.   C’est comme si le temps s’était arrêté, comme si chaque minute contenait une heure entière.  Ici on ne gaspille ni les mots, ni les gestes, ni les secondes : tout prend une dimension précieuse, tout est posé dans la contemplation.  A la fin de ce séjour, j’aurai « jeté » les deux premiers actes du scénario. La matière est là, certes brute, mais bien vivante.

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